Notre petite voiture parisienne, une Smart ForTwo écologique (construite par Mercedez Benz), que nous avions baptisée Maxi, diminutif de Maxwell Smart (Max La Menace en français, nom inspirée d’une série comique sur les espions des années soixante), est maintenant légalement néerlandaise.
Cela a été un long et dur chemin pour y arriver, plein de suspense, et de messages codés (probablement en néerlandais) qui nous ont fréquemment laissés aussi mystifiés que Max la Menace.
Scène 1
(La très moderne Stathuis d’Amersfoort, Utrecht, Pays-Bas. Eté 2008. Samedi matin)
(Acteurs : Eric et moi et un jeune bureaucrate sympa, et sa jolie stagiaire blonde)
Bureaucrate (avec accent hollandais) : « Voici une copie de votre application pour votre permis de conduire néerlandais. Et votre passeport suédois. Vous savez, il n’est plus valide : il est déchiré. Mais je l’ai quand même utilisé. Nous gardons votre permis de conduire français bien sûr. Mais vous devriez recevoir votre permis de conduire rapidement : dans quinze jours environ. »
Eric : « Super. Donc je peux utiliser cette copie de mon application pour conduire en attendant ? »
Bureaucrate : « Oh, non. Vous ne pouvez plus conduire. Pas avant de recevoir votre permis de conduire. »
Eric et moi (entre la panique et le fou-rire) : « Comment ça, je (il) ne peux pas conduire ! Nous sommes venus en voiture ! »
Scène 2
(Heureusement, Eric, toujours préparé, a un deuxième permis de conduire. Il avait renouvelé son permis de conduire américain lorsque nous habitions dans le Massachusetts. Et nous voilà de nouveau sur la route, lorsque des lumières clignotantes nous alertent que quelque chose ne va pas : la police nous poursuit !)
Moi : « Je suis sûre que ce n’est rien. »
Eric : « Je ne sais pas. Cela pourrait être sérieux. J’aurais dû m’occuper de toutes ces formalités avant. Mais je n’ai pas eu le temps. »
Moi (disparaissant derrière un énorme bouquet de fleurs, acheté au marché) : « Oh, oh. »
Femme policier (la quarantaine, en uniforme, accent hollandais) à Eric qui est sorti de la voiture : « Police des douanes. C’est votre voiture ? Je peux voir vos papiers ? »
Moi (toujours cachée derrière les fleurs) : « Je peux sortir de la voiture ? »
Femme policier (interloquée) : « Bien sûr. »
Moi : « Nous habitions en Amérique avant. »
Eric : « On ne peut pas sortir de la voiture là-bas. Quelqu’un pourrait se faire flinguer. »
Homme policier (la quarantaine, en uniforme, accent hollandais) : « Oh les belles fleurs ! »
Moi : « Est-ce que nous devrons payer une taxe d’importation ? »
Femme policier : « Je ne sais pas. Téléphonez à mon chef lundi et il vous donnera tous les détails. »
Homme policier (revenant de sa voiture) : « Si seulement nous étions mieux équipés ! »
Femme policier : « Voilà le numéro de mon chef. Passez un bon week-end. »
Homme policier : « J’adore vos fleurs. »
Scène 3
(Quelques semaines plus tard, après beaucoup de paperasserie (dieu merci pour Google Translate), moi, m’installant dans le train pour aller à l’aéroport. Je sors mon téléphone portable. L’homme impeccable aux cheveux longs et à l’air béat assis un peu plus loin avec sa jolie femme perd soudain tout son soleil intérieur.)
Moi : « Hello, Eric ? Tu es bien arrivé à la préfecture ? Ca va ? »
Moi : « Comment ça va mal ? Je ne t’entends pas très bien. Qu’est-ce qui se passe ? »
Moi : « Tu ne trouves pas les papiers de la voiture ? »
Moi : « Et bien quelle matinée ! D’abord Maxi ne veut pas démarrer et tu as dû appeler le club automobile et maintenant ça ! Tu peux peut-être retourner plus tard dans la journée ? »
Moi : « Non ? Tu as bien dit que tu as le numéro 22 sur 25? Mais il n’est pas encore dix heures ! Enfin bonne chance ! »
Moi (me détendant au début de mon long voyage vers la France et pensant en mon for intérieur) : « Ce compartiment est vraiment cool. Les Néerlandais ont un style super. Les fenêtres sont gravées avec des expressions en plusieurs langues : Silence ; Stilte ; Ruhe ; Silence… »
Moi (voyant la signalisation au-dessus des portes glissantes : Pas de téléphones portables. Silence) : « Oh, Zut ! ! »
(Je m’excuserais bien, en toute sincérité, surtout auprès du type New Age, mais il fait garder le silence !)
Scène 4
(Quelques semaines plus tard et après beaucoup de paperasserie (Dieu merci il y a Google Translate). Le magasin très moderne du concessionnaire Smart-Mercedez-Benz. Samedi matin)
(Acteurs : Eric et moi et un jeune vendeur vêtu d’un costume de couleur foncée à rayures, avec des cheveux bruns, ondulants et brillants. Accent hollandais)
Vendeur : « Nous pouvons nous occuper des plaques d’immatriculation. Aucun problème. Et des papiers d’assurance. Aucun problème. Non, aux Pays-Bas, ce n’est pas possible de posséder une voiture en commun. Non nous n’avons pas d’assurance sur le conducteur. Aux Pays-Bas, nous donnons de l’argent aux gens qui ne peuvent pas travailler. »
(Un autre vendeur vêtu d’un costume foncé, et qui a exactement la même coiffure, approche et les deux vendeurs commencent une long discussion sur la meilleure façon d’arnaquer la femme souriante qui attend pour acheter une nouvelle Mercedez. Ceci est bien sûr purement un préjugé de ma part, car je ne comprends rien.)
Vendeur : « Désolé. Vous pouvez laisser votre voiture ici et la reprendre mardi. Aucun problème. Mais oui, nous sommes ouverts cet après-midi. Jusqu’à 17 heures. Nous sommes aux Pays-Bas. »
Eric : « Je pensais regarder les Mercedez. Ce serait pour une voiture de fonction… »
Vendeur : « Aucun problème. »
Et c’est ainsi qu’un après-midi froid et pluvieux, notre petite Maxwell Smart (affectueusement appelé Maxi) est devenu néerlandaise.
Morale de l’histoire : Un problème prend l’ampleur de notre impatience ou anxiété. Patience, petite sauterelle, patience. Et persévérance.
Après tout, si Maxi a pu grimper jusqu’en haut de la montagne dans les alpes (photo ci-dessus) qu’est-ce qu’un petit détour dans le marasme de la Réalité ?
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