Les sirènes se déclenchent à midi, et leurs étranges sonorités de loups hurlants version numérique, remplissent de crescendos et de glissandos rythmés les placides canaux du temps. Elles reconnectent la ville à un temps, futur ou passé, où la vie devient soudainement dramatique. Mais il n'y a aucune raison de s'alarmer : ceci n'est qu'un test, accompli régulièrement et déjà enregistré dans mon cadre de référence auditoire, ayant ponctué le passage des mois depuis mon arrivée aux Pays-Bas. Les sons de cette avenue accompagnent mes jours, laissant entrer le monde extérieur dans mon existence souvent solitaire.
Minuit. Les cloches de l'église sonnent, douze fois en sourdine. Leur bruit est réconfortant dans le silence profond de la nuit: Minuit et tout va bien.
1 heure 5. Des fêtards ivres crient en passant sur leurs bicyclettes, me rappelant que ce doit être vendredi.
2 heures 30. Les cris d'un oiseau inconnu résonnent dans la mémoire d'un rêve et j'essaie de deviner l'identité de cet oiseau. Peu probable que ce soit une chouette.
3 heures 30. Des canards s'esclaffent sans aucune gêne, et je souris à moitié endormie, sans avoir compris leur plaisanterie. Je ne savais pas que les oiseaux aquatiques pouvaient être aussi actifs la nuit.
4 heures 20. Une voiture passe lentement.
5 heures 30. Un oiseau chante sa mélodie enchanteresse. Un rossignol? Ou seulement un oiseau quelconque rendu confus par les lampadaires ?
6 heures. Le bruit de la circulation s'est intensifié au loin et de temps à autre, une voiture approche avec prudence sur Laan Der Hoven
6 heures 30. Les cloches de l'église sonnent une fois.
7 heures. Le bruit strident d'une mobylette déchire la paix matinale.
8 heures 15. Les cris et rires des enfants passant à bicyclette animent l'avenue. Le klaxon occasionnel d'un conducteur pressé semble incongru
8 heures 20. Le claquement d'une portière de voiture précède de peu le son distant d'une porte s'ouvrant et se fermant dans le bâtiment.
8 heures 30. Quelqu'un parle au téléphone en bas, mais je ne peux plus distinguer si c'est en néerlandais, italien ou anglais car la porte a été enlevée dans le couloir et le mur prolongé.
8 heures 55. Les cloches s'ébranlent dans un registre mélancolique. Sommes-nous jeudi ?
10 heures 30. Des voix parviennent jusqu'à mon bureau. En passant, je jette un coup d'œil dehors : le facteur parle avec des voisins dans le jardin.
Midi. Les cloches sonnent doucement douze fois. Le vent a dû changer et emmène leur son vers Nieuwland au nord.
15 heures 15. Des conversations enfantines vibrent de l'autre côté de l'avenue.
16 heures. Des cris et des rires d'enfants remplissent la pièce. Des garçons sautent sur le trampoline dans le parc entre les résidences.
17 heures. La cacophonie distante de la circulation est devenue plus intense ainsi que le tempo des voitures passant dans Laan Der Hoven.
19 heures. Des pétards (ou des flingues ?) explosent soudainement. Probablement des pétards du nouvel an.
22 heures 30. Une paire de souliers à talons aiguilles résonne bruyamment sur le trottoir.
Minuit. Les cloches de l'église sonnent douze fois.
Les cloches s'envolent, s'amplifiant en volume pour rappeler aux croyants qu'il est l'heure de la prière, pendant que le reste d'entre nous s'étirent en protestant. Pendant dix glorieuses minutes, les cloches s'approprient Kattenbroek et Hoogland, laissant leurs notes joyeuses danser sur l'air. Il est %#&&@* dimanche matin encore une fois. Encore ensommeillée, je descends faire un cappuccino. Le bruit muté des me pas dans l'escalier et l'arome du café réveillent enfin Eric, qui, incroyablement, ouvre juste les yeux. Les cloches se calment finalement et annoncent qu'il est maintenant neuf heures. Des rires montent du jardin. J'y jette un coup d'œil juste à temps pour voir une petite fille percuter le grillage avec sa luge. C'est un miracle : il a neigé ! Grand-père Temps et Mère Nature ont le sens de l'humour et s'amusent bien avec nous : juste au moment où nous comptions sur le réchauffement de la planète pour nous apporter un temps plus clément, ils nous envoient de la neige ! Leur langage est celui des signes de la terre. Sommes-nous à l'écoute ? Dehors, dans le jardin revêtu de blanc, une petite fille et son père jouent, heureux de ce précieux cadeau de neige.
"Il y a deux façons de vivre sa vie: L'une comme si rien n'est un miracle. L'autre comme si tout l'est. » Albert Einstein.
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