« …Oui, nous le pouvons. Un homme a débarqué sur la Lune, un mur s'est effondré à Berlin, une communication mondiale s'est instaurée par notre science et notre imagination. Et cette année, en cette élection, (une femme) a touché du doigt un écran d'ordinateur pour voter, car après 106 ans de vie parmi nous, après avoir vécu dans les temps les meilleurs comme aux heures les plus sombres, elle sait exactement comment notre pays peut se transformer. Oui, nous le pouvons… » Barack Obama, president elu des U.S.A.
Mercredi dernier, nous nous sommes réveillés dans une nouvelle ère. Debout juste à temps pour assister sur CNN au discours d’Obama à Grant Park, j’aurais voulu être dans la foule, ou avec mes amis américains en Indiana (où incroyablement ce bastion « republican » a voté pour Obama), ou avec mes amis américains expatriés à Paris (qui avaient, certains d’entre eux, travaillé durement pour élire ce président). Mais Eric et moi étaient seuls à boire un espresso en guise de célébration. Nous avons regardé, les yeux brillants d’espoir et d’émotion, un homme intelligent et visionnaire parler au monde entier (et non seulement aux américains) de paix et d’unité. Quelle différence avec les élections précédentes. Nous n’en croyions pas nos yeux alors. Tout alla de mal en pis : le pays perdit tout sens critique et une réelle liberté d’expression. Quelle différence aussi avec mon arrivée en Amérique, il y a 36 ans. J’étais alors une jeune étudiante idéaliste rapidement confrontée à la dure réalité du racisme et de la bigoterie. J’ai perdu confiance dans les systèmes politiques dans ma jeunesse, mais même aux lendemains plus sobres de cette élection, je trouve toujours l’espoir bien vivant. Des millions d’hommes et de femmes ont rêvé d’un monde de justice et de paix et ces rêves-là se reflètent dans ceux d’Obama. Il représente l’archétype du Magicien qui allume une lumière a l’intérieur des autres et les laisse chercher leur propre grandeur tout autant que la sienne. Le vieil archétype du Roi qui règne en dictateur se dissout. Un nouveau mythe est né.
Plus tard dans la journée, j’ai parlé au propriétaire de l’appartement, un homme d’affaires néerlandais sympathique qui travaille dans le bureau en bas. Il m’a parlé de l’importance de faire quelque chose dans notre propre environnement, et de la tolérance qu’il faut exercer lorsque l’on est confronté à la violence raciale, comme il était arrivé justement ce jour-là quelque part en hollande. Dans la soirée, nous avons aussi parlé à quelqu’un dans un « coffee shop » et ce jeune homme espérait que le tiers-monde serait finalement mieux entendu. Après cela, nous avons marché dans les rues calmes et obscures et je me sentais toute bizarre. L’effet de la Margarita bue en célébration était pourtant bien passé. Non c’était tout simplement le fait de sentir libre et heureuse.
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